HABITER LES ESPACES DE LA TRANSFORMATION – Se soustraire au contrôle / Colloque ensauvagé entre Eterotopia et Echelle Inconnue
Samedi 11 et lundi 13 octobre 2025 à Rouen
Un colloque ensauvagé organisé
par Eterotopia et Echelle Inconnue
PRÉSENTATION
Les territoires, les espaces et l’urbain dans ses différentes configurations, représentent les conditions de développement des conflits, les conditions de vie quotidienne dans notre époque de transformation sociale et politique accélérée.
Les formes de communication et du contrôle jouent un rôle important dans les modalités d’expression de la gouvernementalité actuelle. Les grammaires dominantes indiquent les modes et les formes d’appartenance ou d’exclusion du corps social et politique.
Les nouveaux colonialismes conditionnent non seulement les espaces géopolitiques de la modernité, mais indiquent aussi la manière dont les nouvelles hiérarchies techno-financières et les pays dominants réécrivent les cartographies de la modernité.
Quels nomadismes, quelles lignes de fuite ou de soustraction, se redessinent néanmoins à l’heure de l’homologation dominante ?
LES ORGANISATEURS
ETEROTOPIA : l’hétérotopie (du grec topos, « lieu », et hétéro, « autre ») est un concept forgé par Michel Foucault dans une conférence de 1967 intitulée « Des espaces autres ». Des espaces où l’imaginaire devient concret. Eterotopia est un laboratoire de recherche et de production, visant à assurer l’édition d’ouvrages de philosophie, d’urbanisme, d’écologie, d’histoire et de sciences sociales, ainsi que d’essais critiques et politiques.
À des auteurs classiques comme Friedrich Nietzsche, Walter Benjamin, Hannah Arendt, Rosa Luxemburg, Gloria Evangelina Anzaldúa, Audre Lorde, Karl Marx, Colin Ward, Herbert Marcuse, Félix Guattari ou Carla Lonzi, s’ajoutent de nouveaux auteurs passionnés : Alberto Magnaghi, Tiziana Villani, Stany Cambot pour Echelle Inconnue, Damien Darcis, Igor Babou, Thierry Paquot, ou encore Mathiew Gandy, Alain Brossat, Aymar Nyenyezi Bisoka, Anna-Louise Milne…
Dernièrement, la collection « À présent » – pensée par des chercheurs de l’université de Nanterre – s’emploie à enquêter sur le présent et ses principales voies de transformation. Dans cette perspective s’articule aussi l’organisation de rencontres, workshop et séminaires.
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Emmené par l’architecte Stany Cambot, ECHELLE INCONNUE est un groupe de recherche et création en art / architecture / urbanisme / politique / numérique / cinéma, qui réclame une autre manière de penser et faire la ville.
Depuis 1998, Echelle Inconnue met en place des travaux et expériences artistiques autour des urbanités minoritaires, alternatives ou émergents, avec des populations non prises en compte, voire invisibilisées ou discriminées, en raison de leur mode vie (sans-abris, immigrés, Voyageurs, travailleurs mobiles, individus amenés à vivre en caravane, camion, tente, mobile-home et autre camping, etc.) Pour accompagner ces expériences et projets, le groupe lance en 2013 le Doctorat Sauvage En Architecture : cycle de conférences de chercheurs, artistes et activistes internationaux, de projections et d’ateliers publics, ouverts à tous·tes, pour comprendre et repenser les espaces et territoires que nous habitons.
PROGRAMME
Samedi 11 octobre 2025 au Foyer Moïse – 14 rue Moïse 76000 Rouen :
Migrations / Espaces / Corps / Politiques / Contrôle
La colonisation de l’espace a bien été analysée par Henri Lefebvre mais la domination coloniale des espaces qui continue, même aujourd’hui, est un phénomène qui essaye de soumettre les corps, les subjectivités et les formes de vie.
■ 10H30 → Accueil
■ 11H00-13H00 → Mot d’introduction par les Éditions Eterotopia et Echelle Inconnue, puis visite du Foyer Moïse, maison Sénégal-Mauritanie construite à Rouen en 1969 par l’architecte Robert Génermont, aujourd’hui menacé de destruction : https://www.echelleinconnue.net/accueil/foyer-moise/foyer-moise.html
■ 13H15-14H45 → Pause Déjeuner
■ 15H00 → Première table ronde, « Espace colonial et luttes urbaines »
Animée par Stany Cambot et Tiziana Villani
Cosimo Lisi est docteur en esthétique et études urbaines. Il est également chargé de cours dans le département d’arts plastiques de l’Université Paris 8. Ses recherches portent sur le néocolonialisme, la cartographie, la rénovation urbaine, et l’action artistique en milieu urbain. Membre du comité de rédaction d’Eterotopia France, il est l’auteur de « Paris capitale coloniale. Violence cartographique de l’espace abstrait » (Eterotopia, 2024).
L’histoire des foyers des travailleurs migrants en France est strictement liée à l’histoire des luttes urbaines des quartiers populaires contre les projets de rénovation urbaine. Instrument colonial de contrôle dans les années 1950, les foyers ont étés traversée par des luttes importantes dans les années 1970, en devenant des espaces d’autonomie, cogérés par les habitants. Dans certains cas la lutte des foyers a coïncidé avec la lutte contre la rénovation/destruction urbaine du quartier et a été décisive dans la victoire et la construction d’un contre-pouvoir territorial.
Le projet de transformation des foyers en résidence sociale – instauré en 1997 par un décret ministériel- représente une perte des conquêtes obtenues avec les luttes des foyers des années 1970 et implique une contrôle brutal et une minoration des résidents, assimilées à des « cas sociaux ». La lutte contre le « communautarisme » et la défense de la « mixité » sont les mêmes éléments de discours idéologiques utilisés pour justifier la démolition des foyers et dans les projets dirigés par l’ANRU. Dans notre intervention nous reviendront aussi sur la genèse de la rénovation urbaine. En retraçant l’origine coloniale de la rénovation urbaine, cela nous apparaît comme un dispositif spatial d’intervention de l’appareil étatique visant à empêcher l’appropriation de l’espace de la part des classes subalternes. Il construit parallèlement une verticalité hiérarchique qui s’accompagne de la multiplication des régimes d’exception. Nous défendons ainsi la thèse suivante : le modèle de l’aménagement du territoire est un modèle colonial importé des espaces coloniaux vers la métropole et utilisé pour gouverner les classes populaires.
Yann Mouton est agrégé de philosophie. Il a enseigné 20 ans dans un lycée de la « périphérie » de Rouen et comme chargé de cours à l’Université. Particulièrement curieux du XVIIIe siècle, il est soucieux du nécessaire renouvellement de la pensée et de la pratique de la politique, tel qu’il est mis à l’ordre du jour par les propositions de Sylvain Lazarus. Il est l’auteur de « Jean-Jacques Rousseau, manière d’écrire et manière d’être » (Les Grands Détroits, 2024). Il suit avec grand intérêt les travaux des penseurs d’Afrique.
Alain Brossat a longtemps enseigné au département de philosophie de l’Université Paris 8, puis à Taïwan en qualité de professeur invité. Spécialité : philosophie politique. Ouvrages récents : « Un peuple debout – la Palestine en lutte contre la colonisation israélienne » (L’Harmattan, 2024) et « L’imaginaire colonial au cinéma – Qu’est-ce qu’un film colonial ? » (Eterotopia, 2025).
Il s’agirait, dans cet exposé, d’opérer un rapprochement entre les différents textes que Michel Foucault a consacrés au motif des hétérotopies et La poétique de l’espace de Gaston Bachelard. La validité de ce rapprochement sera testée à propos de ce qu’engage l’imaginaire colonial, dans son rapport aux espaces – ceci dans le prolongement des réflexions développées dans mon ouvrage récemment publié par les Editions Eterotopia, L’imaginaire colonial au cinéma (qu’est-ce qu’un film colonial?) Titre provisoire : Infâme poétique de l’espace colonial
■ 16H30 → Deuxième table ronde, « Nouvelles formes de colonisation, espaces de résistance et soustraction »
Animée par Stany Cambot et Tiziana Villani
Anna-Louise Milne est Professeure à l’Institut de l’Université de Londres à Paris. Comparatiste de formation, elle travaille à l’intersection entre l’histoire de la littérature, la sociologie urbaine et la traduction culturelle dans des contextes marqués par des migrations. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages dont « A General Practice, The New Internationalists » (Sylph Editions, 2021) ou « Habiter le point de fixation. Contre l’abandon » (Eterotopia, 2025).
L’angle « mort » du point de fixation
Terme policier, terme de stigmatisation, lieu d’invention politique, le point de fixation sera pour cette communication un point de départ. La désignation « point de fixation » est toujours le reflet d’un passé malsain – récent ou ancien – et la justification d’une résolution à venir, une résolution de l’ « évacuer », de le démanteler, de le reprendre pour une urbanité positive. Qu’apprend-on, donc, à aborder le point de fixation autrement, dans son actualité, à l’écouter pour sonder la sédimentation et la densité – et par extension la sédentarité – de pratiques récriminées, parfois empêchées, mais finalement, tolérées puisque ça perdure ? Et que faire de cette « tolérance » plus ou moins assumée par les autorités ?
Cette communication s’appuiera sur un travail de théorisation et d’enquête dont le fil rouge est une longue association avec une distribution alimentaire « tolérée mais pas autorisée » dans le quartier de La Chapelle, à Paris, réputé un point de fixation de la délinquance, de la toxicomanie et des campements sauvages depuis au moins plusieurs décennies. D’une initiative d’urgence et de protestation issue d’une occupation d’une école, cette distribution ou free breakfast movement – à l’instar d’un mouvement analogue mené dans la durée par les Black Panthers – a généré une multiplicité d’autres actions plus « manifestes » et/ou revendicatrices (détournement de l’espace public, tribunes, performances). Par sa régularité (quotidienne), par ses moyens restreints mais son engagement dans la durée, il s’apparente à une infrastructure alternative, une infrastructure principalement humaine (« people as infrastructure », AbdouMaliq Simone), sur laquelle s’appuient des formes politiques plus reconnaissables en tant que telles.
L’enjeu de l’attention qu’on prêtera à ce soubassement est de faire entendre une autre « grammaire » d’appartenance au corps social et de prendre la mesure de sa force d’invention et de résistance là même où ses actions sont parfois apparentées, dans la pensée critique, à un relais plus ou moins averti du néolibéralisme. Quelles sont les moyens d’expression de cette autre grammaire ? Comment l’« entendre » ?
En s’appuyant sur une volonté d’écouter la différence (« listening for difference ») mobilisée surtout face à l’effondrement de l’infrastructure sociale aux États-Unis et en Grande-Bretagne, cette communication tentera de dégager les prémisses d’une nouvelle forme politique organisée autour de la persistance dans un monde où l’on est sommé de bouger, de quitter les lieux, d’avancer…. Quelle importance accorder à la fixation quand l’errance devient une solution de gouvernance ? Comment détacher la sédentarité d’une mythologie de l’autochtonie pour la tourner vers une aspiration révolutionnaire à l’ancrage ? Et qu’apporte le registre trouble de la fixation à cette tentative de réorientation ?
Aymar Nyenyezi Bisoka est professeur à l’Université de Mons. Juriste, politologue et docteur en sciences politiques et sociales, il travaille sur les dynamiques de pouvoir et de résistance, s’appuyant sur une solide expérience de terrain en Afrique des Grands Lacs. Il possède une expertise considérable en coopération internationale et mouvements associatifs. Ses travaux actuels se concentrent sur l’élargissement de la tradition afrocritique dans les sciences sociales, en mobilisant divers terrains en Afrique, en Europe et au Canada. Il vient de publier « Afrocritique – Essai sur l’infrapolitique des luttes noires » (Eterotopia, 2025).
En s’inspirant de plusieurs exemples liés à l’existence noire, relus à partir de la tradition afrocritique, ma communication explore les limites du projet de la démocratie et de l’économie libérales, en tant que mythe constitutif d’une modernité euro-occidentale fondamentalement incapable d’intégrer les Noirs dans son projet de progrès d’une humanité dont ceux-ci peuvent faire partie. Dans ce contexte, pour les Blancs, la vie est redressée, contrôlée, régulée, à l’instar de la microphysique du pouvoir et de la biopolitique et fondée sur la violence légitime. Dans un autre cas, pour les Noirs, elle cède le pas à la brutalité, à la barbarie ou simplement à la création des conditions de la mort ; bref, à une barbarie aux allures nécropolitiques. Dans ce contexte, où le pouvoir suscite la résistance des corps noirs pour les épuiser jusqu’à l’anéantissement, la tradition afrocritique préconise le masque comme forme de résistance. Figure de la résistance dans la plantation et la colonie, le masque représente l’opacité-fugitivité, marquée par l’illisibilité et la non-traçabilité.
Dilda Ramazan est curatrice d’art et doctorante contractuelle à Sorbonne Université. Ses recherches portent sur les implications spatiales des pratiques artistiques contemporaines en Asie centrale à travers l’analyse des trois villes de la région : Almaty, Bichkek et Tachkent.
Lundi 13 octobre 2025 à Echelle Inconnue – 11-13 rue Saint-Étienne des Tonneliers 76000 Rouen :
Écologie / Émancipation / Expérimentations
L’écologie, et surtout l’écologie politique, constitue un moyen d’interprétation et de lutte pour dessiner une autre vision de la réalité, dominée par l’exploitation de l’humain, de l’environnement et des formes de vie. Suite à la pensée de André Gorz, les besoins humains doivent se soustraire à la marchandisation de la vie.
■ 18H00 → « Zader, pour une écologie émancipatrice »
Introduction de la soirée par Thierry Paquot
Thierry Paquot est philosophe et essayiste, il participe à l’aventure éditoriale d’Eterotopia depuis sa fondation. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’urbanisation planétaire, les utopies, la pensée écologique. Chez Eterotopia, il a publié : Le Voyage contre le tourisme, Géopoétique de l’eau. Hommage à Gaston Bachelard et Poésies urbaines. De Baudelaire à Grand Corps Malade. Il a préfacé Lewis Mumford, Henri Lefebvre, Colin Ward, Bernard Charbonneau et Damien Darcis.
■ 19H15 → « Écologie politique : la transformation des pratiques sociales »
Discussion avec Roberto Barbanti et Tiziana Villani
Roberto Barbanti est Professeur émérite au département Arts plastiques de l’Université Paris 8. Cofondateur et codirecteur de la revue « Sonorités » (2006-2017) et membre d’Eterotopia France. Pour le collectif « Arts, écologies, transitions », il a codirigé : « Arts, Ecologies, Transitions: Concepts and Practices » (Routledge, 2024) et « Arts, Ecologies, Transitions. Un Abécédaire » (Les Presses du réel, 2024). « Les sonorités du monde. De l’écologie sonore à l’écosophie sonore » (Les Presses du réel, 2023) est son dernier ouvrage. Ses thèmes de recherche concernent l’écosophie, l’écologie sonore et l’esthétique contemporaine.
Est-il vraiment possible de se soustraire au contrôle ? Le capitalisme esthétique semble toucher son apogée pour devenir un capitalisme de l’écoute. Le monde organique et inorganique, désormais constamment « sur écoute », apparaît à la merci des forces suprématistes qui s’approprient des dernières ressources naturelles et des matières premières restantes dans une massive et insensible indifférence de l’humain. Une aisthésis renouvelée pourra-t-elle devenir la nouvelle force capable de faire émerger la sensibilité à un commun partagé ?
Tiziana Villani est philosophe. HDR. Professeur de Fenomenologia dell’arte contemporanea auprès du département Visual arts and Curatorial studies de l’Académie NABA de Milano. Elle dirige les éditions Eterotopia France et les revues « Millepiani » et « Millepiani/Urban ». Parmi ses publications : « Psychogéograhies urbaines. Corps, territoires et technologies » (Eterotopia, 2014) ; « Il tempo della trasformazione » (Manifestolibri, 2006) ; « Ecologia politica » (Manifestolibri, 2013), « Corps mutants – Technologies de la sélection de l’humain et du vivant », (Eterotopia, 2019).
Stany Cambot est architecte, plasticien, scénographe et réalisateur. Il travaille d’abord à La Parole Errante avec le dramaturge Armand Gatti. Puis, en 1998, il fonde le groupe Echelle Inconnue, avec qui il met en place des travaux et expériences artistiques autour de villes et territoires oblitérés, de l’urbanisme comme forme coloniale, et réalise plusieurs installations vidéos et œuvres numériques, ainsi que des courts-métrages sur la ville mobile en France, Algérie, Moldavie et Russie. Il est l’auteur-réalisateur du documentaire de création Blouma (2019) et de L’Apocalypse a déjà eu lieu (2025). Parallèlement, il collabore à différentes publications universitaires ou spécialisées. Il est l’auteur de « Villes nomades, histoires clandestin
Organisé par Eterotopia et Echelle Inconnue
www.echelleinconnue.net/habiterlesespacesdelatransformation
