Recension de VERS LA BANLIEUE TOTALE de Bernard Charbonneau dans Le Journal de la Décroissance (juin 2018)

Banlieue

« Le développement de la France. C’est l’entreprise immense qui nous offre la puissance, la fraternité et qui nous offre la grandeur. 1-1 Sous l’égide de la science et de la technique, nous assistons jour après jour à une vaste transformation de notre pays. Industrie, agriculture, défense nationale, écoles, maisons, transports, voyages, l’information, télécommunications, etc. Mais ce n’est qu’un commencement par rapport à ce qui est possible et par conséquent nécessaire. » Charles de Gaulle, discours du 8 mai 1961.

Dans la postface de Vers la banlieue totale, de Bernard Charbonneau (1910-1996), son ayant-droit Daniel Cerezuelle rappelle à tra­vers cette citation le contexte dans lequel ces textes ont été écrit. Amis « positivistes », passez votre chemin, le livre n’est qu’une longue plainte mélancolique contre la destruction des paysages et de l’habitat traditionnel par le Progrès. Bernard Charbonneau s’en prend surtout à son expression urbanistique privée, le pavillon « L’individualisme, le besoin de se défendre de la pression grandissante d’autrui, tait multiplier les pièces que l’on bourre d’objets. I…) L’hétéroclite qui est le signe de la banlieue pavillonnaire témoigne d’une société individualiste et massive dont les membres s’isolent en s’entassant. Chacun désirant vivre dans son île prétend avoir son idée du beau et du bien, ce qui n’empêche pas la peur d’être seul, c’est-à-dire différent et démodé. » Mais il y a pire ! Amis de l’inquisition progressiste, bouchez-vous les oreilles : r Dans un monde qui se laisse aller au fil du Niagara economique, la conservation devient revolutionnaire. » Blasphème ! Lorsque Bernard Charbonneau décrivait ainsi, épouvanté, les ravages du productivis­me, nous étions en 1972. C’était voici 50 ans. L’espoir d’un changement de trajectoire existait encore. tl n’en a rien été et ses constats n’ont fait que s’aggraver depuis. On s’étonne d’ailleurs de lire ce génial précurseur de la décroissance y promouvoir la résidence secondaire (« saloperie à ne pas acheter » de notre numéro 66 de février 2050). La réédition de ce livre est une excellente idée, comme pour toute l’oeuvre de Bernard Charbonneau. Malheureusement, le texte est publié sans les photographies de Maurice Bardet, qui l’illustraient dans l’édition originale intitulée La Fin du paysage (Anthropos, 1972). Pour conclure, évoquons la défense de la côte aquitaine dans laquelle Bernard Charbonneau s’était pleinement engagé : Daniel Cérézuelle explique que c’est au nom de la défense et de la promotion de la nature que les Landes, jusqu’alors miraculeusement préservées, ont été livrées aux bétonneurs. Comme quoi, le développement durable et la transition ont déjà un demi-siècle !

V. C.

Bernard Charbonneau, Vers la banlieue totale, éditions Eterotopia France, collection Rhizome, 2018 (80 pages, 12 euros).

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