Psychogéographies urbaines

villaniTiziana Villani
PSYCHOGÉOGRAPHIES URBAINES
Corps, territoires et technologies

Rayon: urbanisme, architecture, sciences sociales

ISBN: 979-10-93250-02-1

280 pages

Prix : 19,00 euros

Parution: Mai 2014

Psychogéographie : c’est la façon de se « nomadiser » dans les espaces urbains pour découvrir ses métamorphoses existensielles.

Les terrains vagues, les centres historiques inaccessibles, la muséification des villes d’art, les bidonvilles qui se propagent à l’infini sont le funeste témoignage d’un archaïsme qui continue à considérer l’espace urbain comme domaine de la multiplication des ghettos.

L’ouvrage: Corps et territoire partagent une condition singulière et commune; celle d’un devenir suspendu entre la per- sistance du passé et les sollicitations d’un présent-futur radicalement envahi par les nouvelles technologies. L’enchevêtrement de relations, d’affects, d’échanges sociaux et économiques qui concernent autant les corps que le terri- toire se déploie sur un plan articulé que l’on doit définir en tant qu’environnement. Il faut toutefois s’arrêter un instant sur le concept d’environnement en raison des nombreuses définitions qu’il a reçues pour confronter celles-ci avec l’acception que nous proposons ici. Traditionnellement, le concept d’environnement a été marqué par l’emploi qu’en ont fait d’abord la géographie et par la suite les diverses sciences sociales. L’environnement est cependant une dimension, un horizon, un plan bien plus ample qui, loin d’être homogène, prévoit une infinité d’espaces et de modalités qui forgent inlassablement l’exis- tence. L’environnement a à faire avec la vie, avec les corps qui le constituent, avec les transformations qui le traversent.

L’auteur: Tiziana Villani est philosophe et essayiste. Elle einseigne “Phénomenologie de l’art contemporaine” au NABA (Nouvelle Académie des Beaux Arts) de Milan. Elle dirige les revues millepiani et millepiani/urban.
Parmis ses publications:
Ecologia politica. (Ecologie politique) Roma, Manifestolibri, octobre 2013
Il tempo della trasformazione.(Le temps de la transformation), Roma, Manifestolibri, janvier 2006
Gilles Deleuze, un filosofo dalla parte del fuoco (Gilles Deleuze, un philosophe du côté du feu), Genova, Costa e Nolan, 1998
Athena Cyborg, Milano, Mimesis, 1995
Elle a écrit pour des revues internationales comme Revue Urbanisme et Entropia.

Le public: tous ceux qui sont intéréssés aux principales transformations sociales, politiques et culturelles de notre temps.

 

Un extrait : Dans un texte de Gilles Deleuze intitulé Instincts et institutions, les institutions – le plan des institutions – sont esquissées comme des espaces matériels où se produisent non seulement des relations sociales dynamiques et mutantes, mais aussi comme de véritables domaines intensifs où les affects exercent un rôle prioritaire. Or, ces espaces, souvent évacués trop rapidement par une interprétation phénoménologique qui tend essentiellement à exalter la dimension virtuelle, constituent le défi puissant et complexe des mutations qui secouent le plus notre époque.
La position centrale prise par la technique, même et surtout en tant que nouvelle idéologie, s’est montrée capable de subsumer les grandes narrations des siècles passés. Cette position s’affirme en fait, de manière décisive, dans les modalités et dans les transformations du mode d’habitation, de l’“habiter”, contemporain, dans des contextes urbains qui sont de plus en plus pluriels et qui paraissent, par contre, de plus en plus homologués. Dans les analyses de Thierry Paquot, l’on peut mettre en évidence ce passage en direction de l’urbain : “La civilisation moderne unifie le monde à travers la suprématie de ses certitudes, mais elle ne peut totalement laminer les spécificités résultant d’histoires particulières. Une civilisation urbaine mondiale et des cultures locales semblent devoir cohabiter en des rapports de force jamais figés ni tranchés. Il n’y a qu’un monde en ce monde et il est peuplé d’Homo Urbanus”.
Commençons alors par indiquer les nouveaux phénomènes liés à l’urbanisme non plus comme des dualités : centre/périphérie, ville/campagne, métropole/province, mais plutôt comme les tesselles d’une mosaïque articulée où se produisent des phénomènes néo-identitaires, des organisations économiques différentes et d’autres relations sociales. En ce sens, la technologie, surtout dans sa phase actuelle d’accélération, produit un glissement de tous ces éléments et significations qui a une grande portée. Selon J-F. Lyotard, ville et philosophie en sont arrivées à la nécessité que l’on en repense le style puisque “La ville a débordé dans la mégalopole. Celle-ci ne possède ni intérieur, ni extérieur, car ceux-ci sont unis comme une périphérie. De la même façon, la métaphysique constituée de l’urbanisation, à travers le concept d’un au-dehors de la pensée, semble rencontrer son propre motif quand cet au-dehors, nature, réalité, dieu ou homme se dissout sous l’effet de la critique”.
Nous assistons à une véritable mutation épistémologique qui demande à ce que soient réexaminés toutes les catégories et tous les concepts qui caractérisaient les rapports entre les sujets et la polis. Les concepts et catégories traditionnellement utilisés pour décrire les transformations urbaines et sociales doivent être repensés en fonction de la dilatation articulée et complexe que constitue le devenir urbain du territoire.
La notion de citoyenneté (dans le sens de l’appartenance à tel ou tel lieu), la dimension publique, les langages et les implantations sont soumis à des processus de dématérialisation accélérée mais conservent en même temps, dans leur tissu matériel, des besoins, des phénomènes de contamination que la technocratie actuelle ne peut subsumer immédiatement.
Mais à ce point, il peut être très utile de reconsidérer la distinction, proposée à plusieurs reprises par Michel Foucault, entre technê et “technologie” où la première indique l’ensemble des dispositifs du gouvernement, et où la seconde, non sans tenir compte de ce contexte, tend plutôt à indiquer un champ d’analyse plus réduit concernant l’application de pratiques dérivant de la rationalité scientifique.
Il est inévitable que les mutations du premier champ interagissent avec celles du second, même si chacun d’eux continue à maintenir en profondeur sa propre autonomie. En effet, comme le soutient Michel Foucault “le gouvernement est aussi fonction de technologies : le gouvernement des individus, le gouvernement des âmes, le gouvernement de soi-même par soi-même, le gouvernement des familles, le gouvernement des enfants”. En ce sens, nous pouvons relever la création d’espaces où de telles pratiques deviennent constitutives aussi bien d’institutions que de langages ou de lieux. Mais pour saisir la nature de ces transformations il est nécessaire de prendre du recul par rapport au mythe technologique qui infiltre la communication actuelle.
La diffusion de la vulgate technologique comme nouvelle idéologie révèle le côté ambigu qui nous permet d’éviter le piège qui voudrait situer tout ce qui à voir avec la technique dans le cadre d’une scientificité étrangère à tout contexte social ou spatial.
La dimension territoriale, la matrice corporelle des territoires est soumise à une nouvelle forme de contrôle, la télésurveillance, dont la nécessité est rendue de plus en plus évidente par les processus de mondialisation. En ce sens, selon Paul Virilio, il faut considérer deux aspects : “d’une part, l’extrême réduction des distances résultant de la Compression Temporelle des transports comme des transmissions; d’autre part, la généralisation en cours de la Télésurveillance. Vision nouvelle d’un monde constamment ‘télé présent’, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, grâce à l’artifice de cette ‘optique transhorizon’ qui donne à voir ce qui était naguère hors de vue”.
La mutation anthropologique en cours qui conjugue tribal et futuriste, et qui réalise un métissage entre le passé et le contemporain, s’inscrit dans le contexte d’un réseau complexe de relations, d’idées, de pratiques et d’innovations qui esquissent les nouveaux lieux de l’agir humain et ces lieux, pour la plupart, appartiennent à la constellation du pluri urbain.

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