Le voyage contre le tourisme

Thierry Paquot
LE VOYAGE CONTRE LE TOURISME

Préface de Marc Augé

Rayon: sciences sociales, écologie, voyage

ISBN: 979-10-93250-03-8

96 pages

Prix : 12,50 euros

Parution: Septembre 2014

Je sais que plus d’un Français sur deux ne part pas pendant ses vacances, alors touristiquer ? Je qualifie néanmoins ce tourisme de « massifié », car il concerne déjà plus d’un milliard d’individus et atteindra certainement deux milliards dans une poignée d’années. Par ailleurs, les voyages sont organisés collectivement, en groupes, là aussi ils sont massifiés. Toute l’économie de ce secteur juteux repose sur des seuils quantitatifs, s’il crée des emplois c’est pour répondre à un effet-masse, de même pour affréter des avions et bâtir des hôtels.

L’ouvrage: l’Office Mondial du Tourisme fanfaronne : le milliard de touristes a été atteint en 2012. Faut-il applaudir cet exploit et espérer que les deux milliards de touristes se profilent avant 2020 ? Que signifie qu’un Terrien sur quatre soit à un moment de l’année un touriste ? Une plus grande tolérance envers autrui ? Une ouverture d’esprit marquée par une curiosité sans limite et une disponibilité accrue envers ce qui nous est étranger ? Le tourisme n’est pas neutre. Il génère une économie qui ne profite qu’inégalement aux divers intermédiaires et il est faux d’affirmer qu’un lieu en devenant touristique enrichit ses habitants. De même faire croire que le hit-parade des « hauts lieux » de l’Humanité mis en place par l’Unesco stimulerait une « mémoire collective » aux fonctions éducatives se révèle un incroyable leurre. La multiplication des équipements standardisés (aérogares, hôtels, musées, fronts de mer et de fleuve, quartiers « historiques « , etc.) et des « grands » et coûteux événements (festivals, coupes sportives, J-O, Expositions universelles, etc.) homogénéisent les sites, leurs temporalités et leurs spectacles. Le pic pétrolier et le dérèglement climatique appellent à une plus grande responsabilité envers le pourquoi et le comment des mobilités. Faut-il, là aussi, décroître ? Il convient, à coup sûr, d’inventer un autre tourisme, plus proche du voyage et de ses adaptations progressives aux cultures que l’on découvre, plus lent, plus économe. L’être humain est relationnel, il serait aberrant de lui interdire de voyager ! Mais, compte tenu des nouvelles contraintes, il semble indispensable de repenser le proche et le lointain, ces deux aimants de toute boussole existentielle.

 

L’auteur: Thierry Paquot, philosophe de l’urbain, participe aux revues Entropia, L’An 02, L’Esprit des villes et a publié de nombreux essais dont : L’Art de la sieste (1998), Petit Manifeste pour une écologie existentielle (2007), Un Philosophe en ville (2011) et Désastres urbains (2014).

Le public: tous ceux qui sont sensibles aux nouvelles formes du voyage et de la connaissance des cultures divers.

Un extrait : Le tourisme est une activité économique florissante et bénéficiaire (plus de 7% du PIB de la France en 2013 avec 88 millions de touristes qui ont dépensé plus de 40 milliards d’euros) qui attire de nombreux investisseurs, transforme les paysages, dote les villes d’équipements spécifiques, plus ou moins standardisés (aéroports, gares, hôtels, musées, commerces de luxe, quartiers distractifs..), patrimonialise des monuments et des sites (en les dévoyant grandement de leur histoire locale et en les altérant par une fréquentation irraisonnable), globalise l’économie, y compris l’économie prostitutionnelle et mafieuse, rythme les temporalités locales, marchandise toutes les activités et relations entre celles et ceux d’ici et celles et ceux d’ailleurs…
Le tourisme est une modalité du loisir né à la fin du XVIIIe siècle en Europe, qui depuis s’est universalisé. On dénombrait environ 450 millions de touristes en 1990, 725 millions en 2002 et vraisemblablement les 2 milliards seront dépassés avant 2020 ! Ces chiffres ne comptabilisent ni les excursionnistes d’un jour ni les autochtones qui se promènent le dimanche, ils ne concernent que le tourisme d’au moins une nuitée, peu importe qu’il s’agisse d’un voyage d’affaires, d’une sortie scolaire, d’un séjour organisé individuel ou collectif ou encore d’une demande de soin (le tourisme médical ne cesse de croître, des agences de voyages se spécialisent et organisent tout, le transport en avion, la réservation de l’hôtel de luxe et le séjour en clinique, les destinations les plus prisées sont la Thaïlande, la Hongrie, la Pologne, la Lituanie, l’Inde, la Bolivie).
Le tourisme massifié connaît depuis une dizaine d’années quelques modifications dans ses modalités de réservation. Les compagnies d’aviation low cost concurrencent les compagnies traditionnelles et secouent le déroulement du voyage (plus de repas servis à bord, moins de personnel naviguant et au sol, le touriste imprime sa réservation, limite ses bagages…), mais c’est surtout du côté du logement que les changements sont les plus massifs et en expansion. En effet la plate forme néerlandaise de réservation en ligne Booking.com, créée à la fin du siècle dernier, propose des chambres à prix cassé ce qui ne tarde pas à déséquilibrer le marché hôtelier, réputé pour son conservatisme. L’Américain Priceline.com rachète l’Hollandais Booking.com qui se vante de travailler avec 483 000 hôtels dans le monde et de réserver 550 000 nuitées quotidiennement, en 2013. En 2008, Airbnb est ouvert depuis San Francisco et touche dorénavant 34 000 villes dans 190 pays et déclare 11 millions de clients, dont plus d’un en France. Un site plus récent, Expedia.fr, perce sur ce marché porteur des réservations de chambres. Le couch surfing (obtenir gratuitement un canapé chez quelqu’un pour une nuit) peine à se développer alors que l’échange de logements et la location d’un appartement ont le vent en poupe. Ces modalités renforcent le tourisme massifié au détriment du voyage.

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